Ma muse est revenue (Nouvelles et Poésies)

Ma Muse Est Revenue, ISBN 2906274-62-3, dépot légal novembre 2004

Extraits de MA MUSE EST REVENUE, recueil de nouvelles et poésies particulièrement travaillé en milieu scolaire.

J'y joue beaucoup avec les mots. Pour le commander, cliquez sur l'image ---- > ma-muse-couverture.jpg   

 

S.D.F

Sans Domicile Fixe

Sans Défense ni Force

Si Désenchanté et Fatigué,

Sans Domicile Fixe

Sans Demeure ni Famille

Si Déshonoré Fatalement.

 

Sans Domicile Fixe

Sans Dignité ni Fierté

Si Déficient et Frêle,

Sans Domicile Fixe

Sans Droit ni Faveur

Si Démuni Financièrement.

 

Sans Domicile Fixe

Sans Débouché ni Futur

Si Dépité Forcément,

 

Sans Domicile Fixe

Si Différemment Français

Si Discriminé Finalement.

 

Et d’autres

Si Démagogues et Fortunés,

Et nous autres

Si inDiFférents !

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LE POEME DU MAçON

J’ai d’abord commencé par les fondations.

Car sans fondations

Sans idées de narration

Un poème n’est rien.

 

Puis j’ai bâti des murs avec de l’eau

Du sable et des mots,

En choisissant les plus gros

En choisissant les plus beaux.

Des murs

Avec des rimes et des phrases,

Des murs

Avec déprimes et emphases.

 

Au beau milieu de ces murs

J’ai créé des ouvertures

Pour que vagabonde mon esprit

Pour que s’aère ma poésie.

 

Puis j’y ai posé un toit

Avec un peu d’émoi

Avec beaucoup de moi;

Un toit d’amour

Comme toujours

Car sans amour

Un poème ne sert à rien.

 

J’ai ensuite monté des cloisons

Selon mon inspiration,

Des portes et des plafonds

En guise de ponctuation.

 

Enfin est venue l’heure

De faire appel au décorateur,

Pour qu’il se charge des finitions

Pour qu’il accorde mes allitérations

Pour qu’il colore mes tournures

Et qu’il maquille mes ratures.

 

Bref,

Pour qu’il transforme mon buvard

En un poème selon les règles de l’art !

En un poème dont on dira

« J’aurais aimé qu’il soit de moi ».

 

Ainsi mon poème fut terminé.

Fruit de mes idées, de mes désirs,

Fruit de ténacité et de plaisir.

 

J’y ai pendu la crémaillère

Entouré de tous mes amis.

Et nous avons bu quelques vers

Quelques bons vers de poésie.

 

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LE VENDEUR DE CROISSANTS

09 H 15.
Qui ose donc à une heure si matinale taper à ma porte ? Quels sont donc ces coups qui m’agressent de la sorte ?
Je me lève. Avec toutes les peines du monde. J’enfile mes sandales et mon peignoir. Le petit matin perce à travers les volets de la chambre. Un petit matin qui semble baigner dans le soleil. Je jette un coup d’œil rapide au réveil. Neuf heures quinze. 
La soirée a été longue, très longue. Joyeuse, arrosée, mais … beaucoup trop longue. Encore une fois je n’ai pas su être raisonnable. Encore une fois, malgré une tartine de bonnes résolutions, je me suis laissé emporter par l’ambiance, influencer par les copains. Facilement, docilement. Ce doit être dans mes gènes ! Merci papa !
Tout en me dirigeant vers la porte d’entrée, dans un effort surhumain je fais un difficile exercice de calcul mental. Neuf moins six égale trois ! Il y a donc seulement trois heures quinze que je suis couché. Pas étonnant que le réveil soit si laborieux.
Mes pieds se traînent dans le couloir. Ma bouche est pâteuse. Le bon Dieu doit taper sur mes neurones de toutes ses forces pour me punir. Un étau m’enserre le crâne avec une violence inouïe.
Trois coups secs résonnent à nouveau.
- « Voilà, voilà, j’arrive »
Ma voix est éraillée. Caverneuse. Chargée de mes abus d’alcools et de cigarettes. Je me racle la gorge et j’ouvre enfin.
Un drôle de gars se tient devant moi. Debout, légèrement appuyé sur le papier peint jauni de la cage d’escalier. Il se présente rapidement avec un accent marqué.
-   « Bonjour monsieur. J’ai pas de travail monsieur. J’ai deux enfants en bas âge et je suis pâtissier de formation. J’ai un peu dérapé à une période de ma vie alors pour m’en sortir, je vends des croissants que je fais moi-même. Si vous en voulez… ».
Il dit cela en me présentant une douzaine de croissants dans un panier en osier dont le fond est recouvert de papier journal. Je regarde ce drôle de gars sorti de je ne sais où. Peut-être d’une chanson de Charlélie Couture. Je suis incapable de lui donner un âge. Quarante ? Cinquante ? Ses habits sont de circonstance : sombres, sales et usés. Il se dégage de lui une impression de profonde misère. Il n’est pas rasé, ses yeux sont rougis par la fatigue et sa dentition est en très mauvais état. Il mesure à peine un mètre soixante, il est frêle comme un mât de bateau. Machinalement je lui souris. Par pitié, par compassion. Ses mots m’arrachent peu à peu de ma torpeur. Un bâillement bien involontaire s’échappe de ma bouche. Je me dis que ce gars-là doit être aidé. Je lui demande de patienter quelques secondes le temps de trouver un peu de monnaie.
-       « Combien le croissant ? 
-      Un euro monsieur. C’est pour m’en sortir monsieur. »
Je lui tends une pièce de deux euros.
-       « Allez, donnez-m’en deux.
-       Merci beaucoup monsieur. Merci vraiment. Du fond du cœur. Vous savez, j’espère m’en sortir bientôt et donner une bonne éducation à mes enfants. »
Il me tend deux croissants. Je n’ai pas envie, même si cet homme mérite sûrement un peu plus d’humanité, de discuter plus longuement. Il se retourne et me salue en abordant les escaliers.
-       « Au revoir monsieur. Et encore merci monsieur.
-        Au revoir. Bon courage. »

LA SUITE DANS... MA MUSE EST REVENUE 

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 LES MOTS

Je n'aime pas les mots roses
Et leur mine renfrognée
Je n'aime pas les mots cultes
Et leur besoin de piété,

Je n'aime pas les mots rues
Qui se pêchent à moisson,
Je n'aime pas les mots dits
Inspirés par nos démons,

Je n'aime pas les mots rage
Que l'on crie dans un éclair
Ni même les mots posés
Sur des discours trop amers.

Non, ce que j'aime moi,
Ce sont :
Les mots lierre
Qui s'agrippent à nos chimères
à nos proses imaginaires,

Les mots coeur
Qui s'offrent avec une fleur
Que l'on raille avec bonheur,

Les mots passants
Que murmurent les amants
Sous les feux de la Saint-Jean,

Les mots tus
Sis à nos bouches cousues
Et tout plein de retenue,

Et surtout
Ce que j'aime plus que tout
Ce sont :
Les mots d'elle,
Qui se posent en modèle
De notre amour éternel.

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COMMENT JE SUIS DEVENU FIDELE

ça faisait bien quatre ou cinq heures que je dormais. J'étais dans ce qu'on appelle le sommeil profond. En plein rêve. En plein paradis. Je mangeais en tête-à-tête avec Sophie Marceau au restaurant. Nous étions seuls. Tout le personnel était à notre service. Elle me dévorait des yeux et moi je dévorais son corsage en même temps que ma salade landaise. Et puis, entre la lotte et le dessert, elle posai sa main sur mon épaule pour la caresser. Doucement au début, tout doucement, puis avec de plus en plus de fougue. C'était sa façon de m'exprimer toute l'admiration et tout l'amour qu'elle avait pour moi.
C'est à ce moment-là que je me suis réveillé.
Au pied de mon lit, planté droit comme un i, se trouvait un grand monsieur : les cheveux noirs, le teint pâle, les joues creusées comme fatigué d'un long voyage, une cape noire sur le dos, une faux en bandoulière et un cahier à spirale dans la main. Un grand monsieur qui ressemblait à s'y méprendre au cliché d'un mauvais film ou d'une mauvaise histoire que j''aurais pu écrire. Son autre main était posée sur mon épaule et me secouait vivement pour me réveiller.
- Laurent, Laurent, réveille-toi ! C'est l'heure.
J'ouvris les yeux surpris et affolé. Je le distinguai dans la pénombre en me redressant sur le lit. Mon coeur battait telle la grosse caisse d'un orchestre militaire. Fort. Très fort. Trop fort.
- Quoi ? Qu'est-ce-que c'est ? Qu'est-ce-qui se passe ?
- Réveille-toi Laurent, c'est l'heure !
- Mais l'heure de quoi ? Et d'abord qui êtes-vous ?
- C'est l'heure de partir ! Ton heure est arrivée. Je suis la Mort, je suis venue te chercher.
- Quoi ?
- Je te dis que je suis la Mort. C'est Dieu qui m'envoie te chercher.
- C'est une plaisanterie ?
- Non, c'est très sérieux. Ton coeur va lâcher dans quelques minutes. Ton âme doit me suivre.
Tout en me disant ces mots, il m'exhibait une convocation au bureau de saint-Pierre. Elle était signée de Dieu et arborait en guise de tampon, le visage de Dieu lui-même. Je n'avais encore jamais vu ce dernier comme la majorité des gens de cette planète, pourtant ce visage en incrustation ne laissait aucune place au doute. Cet homme devait dire la vérité.
-  Vous suivre ? Mais pour quoi faire? Je ne peux pas partir maintenant. Je ne suis pas prêt.
- Malheureusement tu n'as pas le choix.
- Mais pas comme ça ! Pas en pleine nuit ! Je n'ai prévenu personne. Je n'ai pas dit au revoir à ma femme et à mes enfants !
- Dieu en a décidé ainsi. On ne peut rien contre sa volonté. Ton heure est venue de passer dans l'autre monde, tu as assez vécu dans celui-ci.
- Mais je ne veux pas. Je suis beaucoup trop jeune.
- Tu n'as pas le choix je te l'ai déjà dit.
- Mais pourquoi moi ? Et pourquoi si tôt ? C'est que j'ai encore des tas de projets dans ma vie !
- Il fallait les réaliser avant.
- Avant ! Mais je ne pouvais pas. J'ai encore des tas de gens à rencontrer, des montagnes de conseils à prodiguer à mes petites, des tas de voyages à faire, de livres à écrire ! Je ne peux pas partir sans léguer au monde mes derniers poèmes. Ils seront, j'en suis à l'apogée de ma carrière ! Et puis je n'ai pas fini mon dernier texte sur mon épouse. Il faut à tout prix que je le termine. Elle risque de mal l'interpréter sinon.
- Tu n'as pas le choix. répéta-t-il.
Ma femme, elle, dormait à mes côtés. Indifférente au bruit de notre discussion. Cela dit, elle a toujours eu un sommeil très lourd. Surtout quand les enfants appelaient la nuit.
Je continuai.
- Et puis je dois aussi emmener ma grande à sa compétition de gymnastique la semaine prochaine ; si je n'y suis pas elle va encore m'en vouloir comme l'année dernière. J'avais été retenu à un cocktail.
- Nous savons cela. Tu as des obligations qui te sont parfois contraignantes. Surtout autour d'un verre! N'oublie pas, Dieu sait tout.
- Oh ! ça va, ça va. J'essaye.
- Tu n'as pas le choix. N'insiste pas.
Le ton montait. Ma femme ne bronchait toujours pas. On aurait dit deux mondes parallèles qui se côtoyaient dans le lit, totalement hermétiques l'un à l'autre. Comme dans un vieux couple où l'envie a fait place à l'ennui. Je rajoutai :
- Mais comment le monde pourra-t-il tourner sans moi ? Moi qui suis le centre de la terre aux yeux de ma mère. Pensez à la peine que je vais faire à cette pauvre femme. Et puis je suis trop jeune je vous l'ai déjà dit. Pourquoi ne venez-vous pas plutôt chercher des vieillards ou des supporters du Paris-Saint-Germain ?
- Parce que toi tu as beaucoup abusé durant ta jeunesse. Tu as beaucoup festoyé. Tu as bu trop d'alcool, tu as trop mangé et ton coeur le paye aujourd'hui. Cette nuit il doit te lâcher. Ainsi en a décidé Dieu.
- Mais c'est pas vrai ! Je connais des gens qui ont bu bien plus que moi, qui boivent encore et qui sont plus vieux que moi ! Tenez, prenez Yves Page le voisin du dessous.
- On dira que ton coeur était moins résistant.
Il avait réponse à tout. Ce qui m'énervait au plus haut point. Un peu comme quand ma femme me tient tête alors que j'ai raison. Ce qui arrive souvent. Il semblait déterminé mais j'insistai encore et toujours.
- Et puis je dois faire un plateau télé le mois prochain sur TF1. Vous vous rendez compte ! La consécration de ma vie. Présenter mon dernier bouquin sur une chaîne nationale à des millions de téléspectateurs ! Dieu n'a pas le droit de me faire rater ça ! Moi qui ai donné une somme démesurée au directeur des programmes pour qu'il m'invite !
- Tu n'as pas le choix. Allez, il va falloir partir. Le jour va bientôt se lever et tu dois être mort avant l'aube.
- Mais êtes-vous sûr que c'est moi que vous devez venir chercher ? Ne vous êtes-vous pas trompé d'adresse ? Ne deviez-vous pas récupérer M. Novo, notre voisin de palier qui est très vieux, bien souffrant et presque infirme.
Il consulta son cahier à spirale.
-  Non, il n'est pas sur ma liste. Laurent Ayçaguer, c'est bien toi ?
- Ben oui. Enfin je sais plus. Peut-être. Bon Dieu de bon Dieu, ce n'est pas possible. On est en plein cauchemar !
- Ne blasphème pas s'il te plaît. Dieu n'aime pas ça.
- Mais je m'en moque ! Pour ce que j'ai à perdre ! C'est quand même fou ça ! Que quelqu'un décide à votre place et selon son bon vouloir de votre propre destin !
- Je te le concède. Mais c'est ainsi.
- Et mon travail ! Il y a pensé votre bon Dieu à mon travail ? C'est trop dur. Le chef venait juste de me promettre une promotion pour la rentrée parce que je lui avais dénoncé les trafics de Bernard Berthaud notre comptable.
- Mais puisque tu vas laisser ton salaire sur terre. Et puis ta place est déjà prévue dans l'autre monde. Deux mois au purgatoire et hop, au paradis.
- Quoi ? le purgatoire !
- Oui, le purgatoire. Deux mois.
- Ce n'est pas pour cette fille au moins ? Ce n'était qu'une passade vous le savez bien. Et puis jétais à peine fiancé. Je n'ai jamais recommencé ! Je le regrette, je le jure.
- Non, juste pour ce livre que tu as sorti il y a quatre ans en racontant les faiblesses et les misères de ta cousine Renée. Ce livre où tu t'es servi de ses malheurs pour faire tes meilleures ventes.
- Nom de Dieu, mais ce n'est pas possible. N' y a t-il pas un moyen de négocier ?
- Que veux-tu dire par là ?
- Ben... je ne sais pas moi. Je suis prêt à vous donner tout ce que je possède de plus cher si vous voulez. Mes économies, ma voiture, ma maison, même ma belle-mère.... Et si vous aimez les femmes je suis prêt à vous prêter la mienne ?
- Non, je ne veux point de tout cela. Mais par contre, es-tu prêt à faire quelques sacrifices ?
... 
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Commentaires (1)

Lagarde Marie-Pierre
  • 1. Lagarde Marie-Pierre | 28/04/2015

Bonjour Laurent,
J'ai bien eu votre message et …beaucoup aimé vos textes.
Je suis comédienne et ai fait beaucoup de lectures lors des signatures en librairie, ou en bibliothèque .
Si vous avez envie que vos textes soient lus à voix haute lors d'une séance de dédicace en librairie par exemple, je serai ravie de le faire, même si vous n'avez pas d'argent….Je fabriquerai peut-être quelques biscuits en forme de croissants de lune que je mettrai au fond d'un panier …. à défaut de savoir faire de vrais croissants…
Bonne continuation , belles lettres , bons mots et que l'humour vous garde!
Marie-Pierre Lagarde

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