Les Bouches des Goûts

Les Bouches Des Goûts, dépot légal décembre 2016, P.L.AY Editions

Couverture image2017 11 29 171733 1 ok compresseePastille prix du livre okLA TUILE

Je regardais le ciel, les nuages. J'étais las, contemplatif, absorbé. Perdu dans des idées d'ailleurs. Envahi de remords vis-à-vis de mes amis, marmonnant dans ma barbe naissante. Le soir tombait en cette chaude journée d’été sur la ville rose. Je scrutais le ciel et tout à coup… une lueur !

Une lueur d'espoir m'envahit. Mon cœur se mit à battre la chamade comme un adolescent devant sa première promise. Je remuais sur ma chaise, plus léger, plus aérien. Un sourire naquit à mes lèvres. J'avais enfin la solution…

La solution amère que m'avait préparée ma tante et qu'elle me présentait sous le nez accompagnée d’une forte odeur épicée, agressive. « Tiens, ça fera du bien à tes migraines. C’est naturel ». Abject. Un bouillon de plantes, de décoctions et de différentes herbes écrasées parmi des pelures de citrons qui macéraient au milieu de feuilles…

Sur l'une d'elles, imprimée la veille, à côté de la solution, je relus le message alarmiste de ma tante. Un mot comme elle savait si bien les rédiger. « Urgent mon bichon, cette fois c’est sérieux ». Sans plus de précision. Un courriel avec des fleurs sérigraphiées en fond de page. Le besoin de se distinguer, d’enjoliver, d’enrober. J'observais le parterre d’iris…

Au milieu de son regard, les siens étaient d'un bleu violet lumineux, légèrement cachés par les sourcils qu’elle plissait sous le soleil. Ma tante jubilait manifestement. Elle m’avait encore promené à sa guise, j’avais accouru à son énième chevet. Je me perdais de nouveau en pensées négatives. Qu’avais-je fais au bon dieu pour mériter cela ? Est-ce que le fait de m’avoir élevé lui donnait tous les droits ? Pas le cœur à rire. Je levais les yeux et soudain, au détour d’une idée noire, la tuile…

La tuile sur le toit était légèrement soulevée. Le vent ? Une fouine ? L’eau risquait d’inonder la maison à la première averse. Encore une figure imposée en perspective. Je rongeais mon frein. Sale journée décidemment. J’avais déjà ma dose, il fallait en plus que je bricole ! Je détestais ça. Se changer, sortir l’échelle, les outils, gravir les barreaux jusqu’à plus de six mètres, s’accrocher au zinc…

Le mien me manquait. Celui du troquet où j’avais mes habitudes. Un endroit que j’affectionnais et que je fréquentais régulièrement, notamment pendant mes périodes d’écriture. Un lieu propice à la création pour moi, comme d’autres ont besoin de s’enfermer dans un bureau ou de flâner dans les bois. Un zinc à l’ancienne, avec le formica tout autour et le repose pieds. Ici, c’était le vrai zinc qu’il fallait approcher, le gris, celui de la gouttière. Celui du royaume des pigeons…

C’était moi le pigeon dans l’histoire. Le dindon de la farce même. Ma tante faisait toujours tout et n'importe quoi pour me récupérer auprès d’elle. Moi, son neveu chéri, son bijou, son trésor, son amour, sa raison de vivre. Elle avait le don de m’arracher à mes amis ou mes amours aux pires moments. C’était une femme idéaliste, rêveuse. Toujours dans des revues et des histoires de rois, de reines, de princesses, de couronnes….

La sienne avait cédée sous l'assaut de friandises particulièrement dures. Soit disant. Plus précisément du nougat dont elle abusait. Un mal de chien, quelque chose d’anormal, une infection sûrement, les derniers jours d’une veuve. Son baratin classique. Si je n’avais pas accouru, elle m’aurait encore fait une énorme scène…

La suite dans LES BOUCHES DES GOÛTS...

 

NOTRE AMOUR ET DES AILES

Vide l'allée du jardin
Où vous traciez le chemin
Vers des châteaux enchantés
Des parterres colorés,

Creux l'écho sur les vieux murs
Les grands pots de confiture
Les rires ont laissé la place
Aux premiers frimas de glace,

Les drapeaux flottent encore
Sur les tours du château fort
Les souvenirs s'y accrochent
Comme gravés dans la roche,

Et quelques bris de regrets :
En ai-je assez profité ?
Face à l'échelle du temps
Hantent mes nuits doucement…

Endormis la balançoire
Le chat près de l'arrosoir
Les pâquerettes respirent
Plus de doigts pour les cueillir,

Fermés le coffre à secrets
La maison bleue des poupées
Le visage de la mère
Il va bien falloir s'y faire,

Vos pas courent des chemins
Secondés par d'autres mains
Tout notre amour et des ailes
C'est la loi universelle,

Mais quelques bouts de regrets :
En ai-je assez profité ?
Face à l'échelle des ans
Troublent mes nuits à présent.

Rouillées, la sonnette rose
De vos bicyclettes roses
Et mes articulations
À chacune des saisons,

Si le sablier s'égrène
Soyez heureuses mes reines
Foulez vos propres jardins
C'est là le seul vrai refrain,

Prenez vos rêves à vos cous
Nous sommes si fiers de vous
Tout notre amour et des ailes
C'est la loi universelle,

On en a bien profité
Même si quelques regrets
Face à l'échelle du temps
Peuplent mes nuits doucement.

 

LES CHAUSSURES

Quelque part au Pays basque, en Soule.

Dans un petit village tout près de Mauléon où les hêtres et les chênes recouvrent les collines, où le vert éblouit de ses camaïeux, où le temps n’a pas d’emprise sur les villageois, où l’on vous dit bonjour quand on vous croise même si on ne vous connaît pas, où les agriculteurs cultivent les sols avec respect, avec amour, où les truites furètent dans les ruisseaux d’eau claire, où les bols de lait dessinent des moustaches aux enfants, où l’odeur de l’herbe coupée vous chatouille le nez avec délice, où les cloches de l’église vous insufflent le rythme de la journée, où le fronton est un lieu de retrouvailles, où les gamins sautent joyeusement les barrières, où les haies dessinent des mosaïques dans les prés, où les volailles picorent les vers avec le ciel pour unique toiture, où la sieste est la prière quotidienne des paysans, où le vieux s’assoit en bout de table, où la météo définit les contours de chaque geste, où les oiseaux sifflent et chantent leur allégresse, où les granges en pierre traversent les siècles accrochées à flanc de colline, où la transmission orale est un devoir, où la solidarité est un sacerdoce, où la tradition est une fleur que l’on arrose avec bonheur, où la langue est une perle du patrimoine, où le plat est un partage, où le partage est une valeur.

 

La suite dans LES BOUCHES DES GOÛTS...

 

 

LES MAINS D’OR

 

Allez dire à ceux-là

Que leurs mains n’ont plus cours

Qu’il n’y a pas débat

Que leurs doigts sont trop lourds,

Eux qui ont tout donné

Ouvriers exemplaires

Sur leur poste enchaînés

Pour de petits salaires…

 

Allez dire à ceux-là

Que leurs mains c’est de l’or

Eux qui comptent leur mois

Comme un précieux trésor,

Qui font des sacrifices

Vivent dans l’inconfort

Qui inculquent à leurs fils

Le respect et l’effort…

 

Allez dire à ceux-là

Que leurs mains sont ainsi

Inutiles ici-bas

Sur des machines-outils,

Que d’autres travailleurs

Aux cachets misérables

Pour autant pas meilleurs

Sont beaucoup plus rentables…

 

Allez dire à ceux-là

Que leurs mains ne sont rien

À côté de l’appât

Des finances et du gain,

Qu’il faut bien s’adapter

Qu’il n’est point d’autre issue

Que la loi du marché

Sans lui point de salut…

 

Allez dire à ceux-là

Que demain c’est fini

Que leur vie n’est plus là

Sous ce bardage gris,

Qu’ils ont été parfaits

Rien à leur reprocher

Mais que ce jour le vent

Souffle au soleil levant…

 

Allez dire à ceux-là

Que demain n’est pas mort

Allez dire à ceux-là

Que leurs mains c’est de l’or.

 

 

 

LE RAPT

(...)

Quelques minutes s'écoulent au rythme du cliquetis d'un robinet qui fuit dans un bac en acier. La vaisselle sale traîne entre mégots et bouteilles vides. L'endroit est un repère, une planque. Quelque part dans une ville de banlieue. Un logement souterrain construit il y a quelques années par des illuminés, des inquiets qui croyaient au risque nucléaire. Avec une chambre froide, des couchages et des sanitaires. Annexé par Tony et sa bande depuis quelques mois. Personne n’ose s’aventurer dans ces bas-fonds, coupe gorge garanti pour les inconscients qui s’y risqueraient.

L'autre revient.

  • Alors tu as la récolte ? Grand éclat de rire sournois. Celui du bandit des grands chemins dans les westerns de Sergio Leone. Celui de l’homme, du vrai, du dur. Type Elli Wallach dans « le Bon, la Brute et le Truand ».
  • Il n'en fera rien chef. Il insiste pour l'argent. Il répète inlassablement que vous ne pouvez pas le forcer, que la nature est ainsi faite, qu’il a droit à sa part du gâteau.

Là, le Tony voit tout rouge. S’il avait été taureau, une fine pellicule nuageuse sortirait de ses naseaux.

  • Elle est bien bonne celle-là. « C'est la nature » (voix de fausset). Il ne manquait plus que ça. Mais qui est-ce qui nous a foutu un pequenaud pareil ? Je le savais, on aurait mieux fait de rester dans la dope. Là au moins, y'a pas de lézard. Ça ne pinaille pas. Ça paye ou ça finit entre quatre planches. C'est toujours pareil, je me laisse influencer par mon frère et voilà le résultat : des emmerdes et encore des emmerdes !

Le vieux Tony fait les cent pas. Il se tripote la moustache nerveusement, tête basse et serre le poing. Deux minutes passent. L'autre regarde, il ne sait pas quoi penser. Il ne sait pas s’il doit proposer son idée. Il a peur de faire exploser de colère le chef. C'est que le Tony il est capable de tout.

  • Et combien il veut l’étalon ?
  • 50 pourcents.
  • 50 pourcents, mais il est fou ! Pas question. Jamais !
  • Il dit que c'est à prendre ou à laisser. Il a même ajouté que si vous n’êtes pas satisfait, vous n'avez qu'à fournir vous-même…
  • Mais il se fout de ma gueule en plus le malotru ! Bon, écoute petit, dis-lui qu'il aura vingt pourcents de ce qu'on obtiendra. Vingt pourcents, ça lui fera quand même une jolie somme. C’est beaucoup plus que ce que lui offre le ministère. Qu'il réfléchisse bien. Il fournit pendant quelques jours et après on lui fout une paix royale. Un autre prendra le relais. Il aura de quoi se la couler douce au soleil pour un bon bout de temps. Dis-lui aussi qu’on a le réseau pour écouler la marchandise à prix d’or. Pas lui. Ni l’état. Que c’est donc dans son intérêt. T’as compris ? Tu sauras lui répéter ?
  • Oui chef
  • Bon alors, tu attends quoi là ? Fonce !

Simon se retourne et file à grandes enjambées vers la porte d’un des logements. Tony tire une grosse bouffée sur son cigare cubain, un de ces rares qu'on trouve aujourd'hui sur le marché noir. Avant la mort de Fidel, c'était quand même autre chose Cuba. Décidément tout fout le camp. Quand on voit qu'en vingt ans, il n’y a pratiquement plus de mâle féconds sur la planète pour renouveler l'humanité ! Plus un homme fertile capable de cracher quelques spermatozoïdes un peu résistants. Mais où sont les vrais mecs bordel ? Au début, ça faisait rire tout le monde. Et puis ça arrangeait bien aussi. Dix milliards d'âmes sur terre, de toute façon c'était trop. Mais maintenant qu'il n'y a plus de gosses, ça pose problème.

La suite dans LES BOUCHES DES GOÛTS...

 

     Pour commander : Librairie La Machine à Lire à Bordeaux :

http://www.lamachinealire.com/?fond=produit&id_produit=80243&id_rubrique=25

 

Ou bien en version numérique sur : 

Amazon (Format Kindle): https://www.amazon.fr/dp/B073C4FXK4

 

ou Kobo by FNAC (format epub) : https://www.kobo.com/fr/fr/ebook/les-bouches-des-gouts

 

Ou bien téléchargez le bon de commande ci-joint (frais de port offerts)

http://laurentaycaguer.e-monsite.com/medias/files/completez-votre-collection-coupon-commande-2017.pdf

 

 
 

Accueil

  

Numerisation0001 7

 

 

 

 

 

 

 

Commentaires (2)

Casalegno Patrice
  • 1. Casalegno Patrice | 01/05/2017
Bonjour Laurent.
Je suis venu chez vous, une fois vite fait, avec Coline pour vous rendre un micro.
Je me suis procuré Les Bouches d’égouts.
Je l'ai dévoré, digéré puis relu avec encore plus de délectations.
J'aimerai bien lire les livres précédents.
Le cd tourne en boucle dans ma voiture.
Un BRAVO général.
A un de ces jours j'espère.
Patrice
Casalegno Patrice
  • 2. Casalegno Patrice | 01/05/2017
Bonjour Laurent.
Je suis venu chez vous, une fois vite fait, avec Coline pour vous rendre un micro.
Je me suis procuré Les Bouches d’égouts.
Je l'ai dévoré, digéré puis relu avec encore plus de délectations.
J'aimerai bien lire les livres précédents.
Le cd tourne en boucle dans ma voiture.
Un BRAVO général.
A un de ces jours j'espère.
Patrice

Ajouter un commentaire

Code incorrect ! Essayez à nouveau